Slow Show
A ne pas confondre avec Grand National, le quintet de The National donne aussi dans la pop mais ses influences lorgnent plus du côté de Leonard Cohen que de Blur. Formé par le chanteur Matt Berninger et les fratries Dessner et Devendorf, le groupe est né à New York à la fin du siècle dernier. Amateurs de country folk, ces trentenaires avertis se lancent dans l’enregistrement d’un premier album éponyme en 2001 qui ne marquera pas les foules, mais leur permettra d’intégrer la maigre famille américaine du genre. Dans leur entourage, on retrouvera ainsi les Tindersticks ou encore Interpol. Les «frères» originaires de l’Ohio récupéreront d’ailleurs le prodigieux mixeur de ce dernier groupe, Peter Katis, lors de la production de leur second opus : «Sad Songs For Dirty Lovers». Exorcisant leur alcoolisme et autres histoires d’amour déchue, les membres de The National n’ont pas à craindre la rupture du public qui ne cesse de s’amplifier tournée après tournée. En France, la bande est plus confidentielle mais parvient tout de même à s’imposer avec un troisième album : «Alligator». Sorti en 2005, celui-ci lui a permis de s’inviter aux Eurockéennes de Belfort au sein duquel, le groupe fut l’une des rares surprises de la programmation
Mistaken For Strangers
The National construit petit à petit une discographie qui sans trop de bruits, s'impose comme l'une des plus solides d'une scène pop-rock aseptisée. Boxer en impose, par sa fragilité intrinsèque et se débattant pour garder la tête hors de l'eau, nous menant par la même occasion sur des rives plus apaisées.
Fake Empire
The National est sans aucun doute l’un des meilleurs groupes du moment. Après leur très acclamé Alligator en 2005, les cinq New-Yorkais nous proposent aujourd’hui son digne successeur Boxer. A nouveau, le groupe nous offre une impressionnante série de perles musicales, orchestrées par le chanteur Matt Berninger accompagné des frères Dessner et Devendorf. L’intensité des chansons font sans complexe de ce quintet américain des rivaux directs de Tindersticks et d’Arcade Fire. En studio, ils ont pu compter sur l’aide de Padma Newsome de la formation Clogs pour les arrangements, ainsi que sur Sufjan Stevens pour les partitions au piano. Leurs racines musicales sont issues tant de la scène américaine que du postpunk, alors que l’on trouve parmi leurs influences des artistes tels que Leonard Cohen, Joy Division ou encore Wilco
Apartment Story
À une époque où transpire la grandiloquence, d’où suinte de partout l’excentricité exacerbée et assumée, pour se donner une image, un genre, un truc qui fait sortir du lot, au sein d’une tendance tape-à-l’œil et de la surenchère du m’as-tu-vu, il y a de ces groupes que l’on n’attend pas mais qui demeurent toujours là, insensibles à la mouvance, inflexibles à la hype, arc-boutés sur leurs positions. The National fait partie de ceux-là. De ceux qui font encore de la musique simple, de la musique sans fard, avec retenue certes, mais sans complaisance ni trop-faisant. On est alors reconnaissant lorsque sort un album tel que Boxer qui, après Alligator et Sad Songs For Dirty Lovers, nous remet les idées bien en place, et rend les choses bien plus simples, à cran, à fleur de peau.
Matt Berninger, parolier et chanteur du groupe, est comme un oiseau tombé du nid, comme meurtri mais debout sur ses deux pattes, solide et courageux, digne et faisant face. Son ton grave et d’une justesse fascinante fait toute la force de la musique de The National. Tel un métronome dans leur musique, Berninger est la girouette montrant le sens du vent, dirigeant ses musiciens, comme un chef d’orchestre des bas-fonds, pataugeant et piétinant pour s’en sortir. Faire face, accepter et assumer la vie comme elle vient. La mélancolie vient parfois de choses simples, elle survient et elle emporte, elle fait mal, elle se déguise pour ne pas se faire voir. Puis elle apparaît au détour de ritournelles simples et belles, pures et sauvages "You know I dreamed about you / Twenty-nine years before I saw you" chante Berninger sur "Slow Show". Et même si l’on s’emporte, même si l’on se lâche, que The National déboule avec sa musique langoureuse, une épaisseur de plus se créé, s’impose d’elle-même et se dépose. L’énergie créé l’urgence, la passion crée l’attachement, la fragilité crée l’humanisme latent et inhérent.
Entre slow tempo et mid tempo, The National délivre un univers sombre marqué d’un style classieux, drapé dans des compositions voluptueuses, tantôt exquises, parfois simples et sobres. Lorsque "Start A War" ou "Racing Like A Pro" déroulent, lancinantes et salvatrices, d’autres comme "Squalor Victoria" ou l’énorme "Mistaken For Strangers" sonnent comme le glas, une révolte intérieure et introspective, des envolées extatiques envoûtantes, un combat de tout instant englué dans des mélodies menées tambour battant, à la manière de Bruce Springsteen, luttant et vacillant, vaillant pour un dernier souffle, berçant dans une souffrance sous-jacente comme un ange déchu. On a même droit à une magnifique ballade intemporelle, virevoltante et élégiaque, "Ada" soutenue par le piano de Sufjan Stevens, qui se pose en parfaite égérie d’une esthétique de la musique proposée par The National. Inspiré, gnostique et dépouillé, Boxer est une magnifique ballade dans les affres d’une âme malmenée et profondément marquée, mais dont l’évolution est entrecoupée de lueurs, véritable ode à l’Amour et à la quête éperdue d’un bonheur pas si loin, mais pas tout près. The National fait partie de ces groupes que l’on aime et qui pénètrent dans notre jardin secret, qui apportent certaines réponses à nos questions les plus personnelles, qui apportent les mots indicibles qui nous réconfortent et nous susurrent à l’oreille d’une voix suave et empesée que la vie est faite de jolies choses qu’il nous suffit juste d’arriver à voir. Encore faut-il vider ce cœur si lourd.
About Today ... (un délice)
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